Parti Pirate

Le commerce en ligne de demain

09/11/2014

Une "vaste opération mondiale" a permis d'arrêter 17 personnes et fermer des sites d'ecommerce accessibles uniquement par ToR. Les autorités de différents pays se réjouissent alors que des millions d'internautes rigolent en silence.

En réalité les Etats contribuent, sans le voir, à ce que les sites d'ecommerce notamment de drogues, soient plus surs. Ces marchands ont développé depuis quelques années une grande pratique des mécanismes de confiance dans un environnement où il n'est pas possible de compter sur la confiance dans un gouvernement. Procédures d'arbitrage, compte de consignation avec sécurité assurée par la cryptographie... etc...

Silkroad3 est déjà là et Open Bazaar qui permettra à chaque individu de faire un site marchand est en préparation. Face à des marchands classiques qui perdent régulièrement des millions de données de leurs clients, dont les numéros de cartes de crédit, le développement de ces nouveaux outils qui assurent une véritable relation de confiance entre le marchand et ses clients est en route!

Sphère privée: la révolution est en marche

19/09/2014

Article initialement paru dans le supplément AGEFI de Septembre.

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Le bitcoin va-t-il révolutionner notre époque et notre société? De quelle manière? Le bitcoin, c'est d'abord une technologie, un système de transfert de valeur entièrement distribuée. Il permet à tout individu
connecté à Internet de transférer de la valeur à tout autre individu sur la planète, sans passer par un intermédiaire centralisé comme une banque. La validité de la transaction est garantie par l'ensemble du réseau de manière entièrement transparente.

La force de la technologie bitcoin, c'est qu'elle est issue du monde numérique et fonctionne selon ses propres règles. Notre relation à l’argent va se modifier. Aujourd'hui, on met de l'argent en dépôt dans une banque qui nous impose ses règles. Avec le bitcoin, l'individu conserve le contrôle de ses valeurs et choisit la «banque» bitcoin qui lui proposera les meilleurs services. À tout moment, il peut changer de banque ou même devenir sa propre banque.

À quel dispositif législatif le bitcoin obéit-il, selon les pays?

En Suisse, le Conseil fédéral a tranché: le bitcoin est une valeur patrimoniale et un moyen de paiement. Toute la loi actuelle s'y applique. C'est l’une des décisions les plus sensées au monde. En Californie, une loi a légalisé le bitcoin dans l'État qui accueille la majorité des start-up du domaine. Quelques rares pays ont expressément interdit le bitcoin par peur de perdre le contrôle. La Chine sans l'interdire complètement, défend à ses banques de fournir des services autour du bitcoin. Au fond, la Chine rend service au bitcoin en laissant le soin aux individus de l'appréhender avant que des services à grande échelle ne puissent se développer. Quant aux banques centrales, elles émettent des avis négatifs.
Mais c’est logique. L’un des buts du bitcoin est justement de transférer la création monétaire vers le réseau distribué. Elles sont donc menacées dans leur raison d'être.

Comment éviter les risques de financement du terrorisme et de blanchiment d’argent?

En appliquant les lois actuelles. Le bitcoin est la monnaie la plus transparente qui soit. L’historique de l’ensemble des transactions effectuées dans le monde est publié dans le blockchain ou livre de comptes. Cette transparence attire de nombreux participants, même si certains développeurs cherchent à compenser cette transparence en créant d'autres monnaies telles que le Darkcoin.

Le Conseil fédéral a-t-il raison d’inviter à la prudence lors de l’utilisation du bitcoin?

Oui. De nouveaux risques ont émergé, et même les personnes les plus calées en informatique doivent faire attention. Si hier, la perte d'un disque dur impliquait qu'il faille re-télécharger sa collection de musique, dorénavant elle peut signifier la perte d’une partie de sa fortune. On voit se développer des solutions très pointues répondant à ces risques qui, dès 2015, devraient permettre d'utiliser le
bitcoin en confiance.

Pourquoi placer sa confiance dans le bitcoin plutôt que dans une monnaie bien établie?

Avec le bitcoin, l'émission est prédéfinie. Personne ne peut faire tourner la planche à billet. En outre le bitcoin est mieux adapté à l'économie numérique, puisqu’il en est issu. Si l'on constate environ 3% de fraude sur les achats en ligne avec Visa, avec le bitcoin, la fraude constatée au moment des transferts d'argent entre le client et le commerçant est de 0%. Certes, le risque existe. Toutefois, il ne se situe pas dans le réseau lui-même, mais au niveau des utilisateurs et de leur manque de maîtrise.

Le bitcoin peut-il pallier le manque ponctuel de liquidités dans les pays en crise?

Lors de la crise chypriote, les autorités ont décidé de saisir l'argent sur les comptes. De nombreuses personnes ont transféré leur fortune en bitcoin pour empêcher cette saisie. Son prix a doublé en l'espace d'un mois, et l'Université de Nicosie a été la première à accepter les paiements des frais
de scolarité en bitcoin. Lorsque les banques ukrainiennes ont décidé de fermer leurs guichets, des manifestants ont arboré des codes QR représentant des adresses bitcoins afin de recevoir des donations. Cette apparition du bitcoin en zone de conflit a été une première. Mais si le système
bancaire peut s'arrêter à cause d'une guerre, on se rend compte qu’Internet est l’un des rares services qui fonctionne en zone de conflit. Le bitcoin reste donc utilisable.

La sphère privée sur Internet est-elle une utopie?

Le big data est à la fois fantastique et terrifiant. Fantastique, car les développements potentiels sont inouïs; et terrifiant car il se réalise sans aucune considération pour les individus. Nous sommes devenus des esclaves numériques. Nos données ne nous appartiennent pas, et les réseaux sociaux, qui nous
connectent à nos amis et à notre famille, ont droit de vie ou de mort sur notre personne numérique puisqu’ils peuvent fermer unilatéralement notre compte, sans recours possible, et sans l'intervention d'un juge. Dans le monde de la finance, le big data permet de définir des corrélations inespérées. Telle compagnie de crédit américaine est capable de prédire un divorce avec une fiabilité de 80%, telle autre détecte, en observant un changement de comportement commercial et financier, qu'une femme est enceinte avant même qu'elle ne s’en rende compte. Le risque que ces informations soient utilisées contre nous pour influencer notre vie n'est pas juste possible, il est déjà réel. Même en Suisse, des agences de notations de l'ensemble des individus agissent dans le cadre d'une loi trop laxiste, et influencent leurs achats sans qu'ils le sachent.

La sphère privée telle que nous la connaissons est morte. D'un monde où l'information ne circule pas, nous sommes passés à un monde transparent. La protection de l'individu doit se reconstruire avec ces nouveaux fondamentaux. Dans ce contexte, le bitcoin est une chance. Sa totale transparence nous épargne la lutte, pourtant noble mais perdue d'avance, pour garder le secret bancaire. La monnaie numérique permet aussi d’augmenter la conscience des individus: nous n'avons plus que quelques données personnelles sur notre téléphone ou ordinateur, mais de vraies valeurs. Et demain, nous aurons
même des contrats et des titres de propriété entièrement numériques. Le bitcoin est l’une des clés pour construire la nouvelle identité numérique de l'individu.

Comment renforcer la protection de notre sphère privée numérique?

Il faut commencer par savoir ce que l'on veut protéger. Dans un monde transparent, ce ne sont pas nos données que nous pouvons protéger mais notre personnalité numérique, qui doit disposer d'une véritable construction juridique. Je milite pour la reconnaissance de l'intégrité numérique. Une fois établie, cette intégrité numérique permettra de développer des infractions particulières en termes de violation de la sphère privée. Conserver des données sur une personne, les augmenter et les revendre,
sans que l'individu ne soit au courant ou n’ait donné son accord est une violation grave de l'intégrité numérique. Le concept d'intégrité numérique pourra aussi s'accompagner de droits qui prennent alors tous leurs sens: le droit à une vie numérique, le droit à un accès au réseau, ou le droit à un réseau qui n'altère pas les informations échangées. Tous ces droits permettront de construire l'identité numérique, et de protéger sa sphère privée.

Comment un État peut-il concilier le paradoxe entre assurer la sécurité de ses citoyens et faire respecter leur sphère privée?

Dans le monde numérique, on voit des États et des partis politiques qui se targuent d'une histoire humaniste, et qui en même temps, mettent en place des outils de surveillance totalitaire. Il y a là un aveuglement fantastique que nous retrouvons en Suisse aussi. On veut donner à la police la possibilité d'utiliser des chevaux de Troie contre les individus, sans s’assurer de leur maîtrise de cet outil et de ses dangers. En Suisse, certains affirment même que la mise en place d'outils de collecte préemptive et massive des communications n'est pas de la surveillance généralisée puisque l'accès aux données doit être autorisé par un juge. Au-delà de l'incompréhension, il y a surtout de la peur face à un monde où les individus peuvent se connecter directement les uns aux autres, et où les intermédiaires voient leur rôle se transformer. L'État y compris. La réponse de l'équilibre entre sécurité et vie privée, tient encore
une fois, dans la définition de l'intégrité numérique. Avant de violer quelque chose, autant savoir ce qui va être violé.

Quelles solutions proposez-vous pour assurer l’avenir de la place financière genevoise? Comment le monde informatique peut-il apporter sa pierre à l’édifice?

La place financière genevoise fait face à plusieurs défis. Le premier est de comprendre que la fortune des clients consiste en l’ensemble de leurs données financières. Les plus grands concurrents des gestionnaires de fortune et des banques sont les gestionnaires de données personnelles. Google, Facebook, Twitter, iTunes gèrent les données personnelles à un niveau d'abstraction qui inclut les données financières. Quel sera l'impact lorsque Facebook, fort de son milliard d'utilisateurs, adoptera
une monnaie au sein de son réseau?

Le deuxième défi est celui de la transparence. En acceptant la transparence totale de nouveaux outils tels que le bitcoin, l'industrie financière pourra prendre les devants à la fois sur les services de protection de la sphère privée pour ses clients, mais aussi pour faire évoluer ses compétences qui devront passer par une revalorisation importante des métiers de l'informatique, où l’école doit prendre les devants.

Le troisième défi est celui des modèles économiques. Les technologies de type bitcoins permettent de développer le marché des micro-paiements. Cependant, fournir de tels services implique de gérer de très petites marges avec des volumes considérables. Autre question: qui aura le contrôle effectif des fonds. Avec des crypto-monnaies, chaque individu fera plus confiance au réseau qui sécurise ses transactions qu’à une banque. Celle-ci devra offrir ses services dans un monde bien plus compétitif.

Mais la place financière suisse a aussi un grand atout. Celui d'avoir une législation conçue avec une grande intelligence, même si une plus grande complexité est apparue ces quinze dernières années. Cette législation est ouverte aux changements. Dorénavant, c'est aux esprits de s'ouvrir.

Le droit à l'oubli, existe-t-il?

17/08/2014

Le droit à l'oubli: voilà un beau principe dont on aimerait pouvoir jouir sur internet. Malheureusement il est incompatible avec les fondements, la génétique même du réseau. Cette magnifique machine copie à l'infini ce qui est recherché et conserve une trace au fond de sa mémoire de ce qui n'aurait aucun intérêt (pour le moment). Aujourd'hui proner le droit à l'oubli sans être conscient de ces règles mène vers l'instauration d'une censure ainsi que d'incontrôlables effets de bord comme l'effet Streisand. Avant de vouloir museler notre bibliothèque mondiale, apprenons à reconnaitre son importance, apprenons à nous y reconnaitre et apprenons à notre société à filtrer (et non supprimer) le bruit superflu des informations fausses ou génantes pour certains afin d'en extraire ce qui a de la valeur.