Parti Pirate

« Qu'on me surveille! Je n'ai rien à cacher! »

18/05/2012

Que l'on parle de vidéosurveillance, de fichage biométrique dans les passeports, d'échanges de données personnelles entre les pays, de filtres mis en place sur Internet, de scanneurs corporels qui vous mettent à nu dans les aéroports, ou de sociétés de renseignements économique qui fichent l’ensemble de la population suisse et bien d'autres réalités de notre époque, nous entendons très souvent l’argument suivant : « mais pourquoi vous plaignez vous, si vous n’avez rien a cacher, vous n’avez rien a craindre ! » Il faut bien attraper tous ces criminels !

Je vous propose ici une traduction libre de quelques extraits du livre de Daniel Solove qui nous suggère une explication à l’utilité de la défense de la vie privée, cela même si nous n’avons rien à cacher effectivement.

On tente souvent de contre-argumenter le « je n’ai rien à cacher » en mettant le doigt sur les choses que les gens veulent garder secret (comme les cartes de crédit, ou certaines parties de leur corps). En réalité, ceux qui utilisent cet argument du « je n’ai rien à cacher » partent du principe que la vie privée sert forcement à cacher des comportements répréhensibles. Ainsi, dans une discussion, si on accepte ce principe, on entre rapidement dans une recherche inutile des informations que les citoyens voudraient cacher. Ce principe est lui-même entaché d’un oubli important: la surveillance, en tant que telle, peut inhiber des activités tout à fait légales comme la liberté d’expression ou d’association.
En allant plus loin, le « je n’ai rien à cacher » nous propose une vision restrictive de la vie privée comme étant une forme de secret. Il est important de comprendre que la vie privée est constituée d’une pluralité d’éléments connectés entre eux.
De plus, même si vous n’avez rien à cacher, une perte du respect de votre vie privée devrait vous concerner pour une multitude de raisons.

Un danger potentiel est celui de l’agrégation de données, qui est constitué d’une fusion de plusieurs petits bouts de données qui nous semblent inoffensives. Une fois combinées, ces données deviennent une information bien plus parlante. Si nous ne faisons pas attention, les gouvernements ou les entreprises peuvent  ainsi reconstituer des informations que nous n’avons pas toujours envie de faire connaitre. Par exemple, imaginez que vous achetiez un livre traitant de la maladie du cancer. Cet achat n’est pas très intéressant en soi, mais montre que vous avez un intérêt pour cette maladie. Maintenant, imaginez que vous achetiez une perruque. Encore une fois, l’achat d’une perruque peut se faire pour de multiple raisons. Mais en combinant ces deux informations, il est tout à fait possible d’en déduire que vous êtes atteint par un cancer et que vous suivez une chimiothérapie. Peut-être n’avez-vous pas de problème à partager cette information, mais certainement, vous voulez avoir le choix de la partager ou non.

Un autre danger de la collecte des données est celui de l’exclusion. Cette exclusion intervient lorsque l’accès aux données, et aux conditions d’utilisation de ces données est restreint ou carrément refusé aux personnes concernées. De nombreuses mesures de sécurité impliquent la maintenance de gigantesques bases de données auxquelles les individus ne peuvent pas accéder. Souvent, l’existence même de ces bases de données est tenue secrète. Il s’agit d’un problème structurel révélant la manière dont les individus sont traités créant ainsi un déséquilibre du pouvoir entre les citoyens et leurs gouvernements. Quel doit être le pouvoir des autorités sur les citoyens ? Il ne s’agit pas de parler de ce que les citoyens veulent cacher, mais de quelle structure du pouvoir nous souhaitons avoir.

En Suisse, et je reprendrai ici ma propre analyse, nous avons la chance de vivre dans un système où l’équilibre des pouvoirs est bien ancré du côté des citoyens. Mais nous faisons face à trois menaces particulières :

Tout d’abord, de nombreux de citoyens, élus ou fonctionnaires dans des postes à responsabilités, ignorent la puissance des outils qu’ils mettent en place, et sont convaincus de l’effet baquette-magique de certains outils intrusifs, comme les caméras. Nous devons les prévenir et les aider à comprendre toutes les implications de l’utilisation de nouvelles technologies.

Ensuite, les entreprises qui aujourd’hui fichent l’ensemble de la population, croisent les données et établissent des profils de chacun d’entre nous, même des enfants. Nos autorités doivent être extrêmement sévères. Nous devons doter notre gouvernement des outils contraignant pour les entreprises. Et nous, citoyens, nous devons être vigilant et signaler tout abus.

Enfin, les données ne connaissant pas de frontières, nous, citoyens suisses, sommes confrontés à la prolifération des outils de surveillance et de flicage mis en œuvre dans les autres pays. Et cela, sans même sortir physiquement de notre pays. Notre Conseil Fédéral doit s’opposer fermement à toute mesure menant à la récolte d’information concernant ses ressortissants. En même temps, il doit participer activement aux efforts de recherche pour une nouvelle gouvernance de notre réseau.

Pour une lecture plus approfondie:

“I’ve Got Nothing to Hide” and Other Misunderstandings of Privacy, par Daniel J.Solove

Commentaires

on est étonné de lire un responsable Africain reconnaissant à monsieur Hollande de ne pas faire partie d'un réseau.Celui-ci dit-il ,à les mains libres
Donc nos politiciens s'amusant à facebooker finalement se sont enchainés malgré eux à un système qui peut aussi leur jouer des tours et ce inconsciemment.On a vite fait de lâcher des mots ou phrases lors de périodes pré-électorales,qui sait!

Écrit par : lovsmeralda | 18/05/2012

Joli article. Personellement je suis toujours surpris d'entendre de la part de certains politiciens ce fameux argument 'si vous n'avez rien fait...' pourtant ceux-la même refusent de donner les sources de leurs revenus ou les sources de financement de leurs campagnes. Ont-ils quelque chose à cacher ?
Pareil pour les forces de l'ordre qui combattent les initatives du type copwatch. Pourtant, s'ils ont rien à cacher... Comme quoi, bizarrement la vision n'est pas la même suivant ou l'on se situe...

Écrit par : Lampil | 20/05/2012

J'adhère encore une fois !

Écrit par : Nicolas | 21/05/2012

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