Parti Pirate

J'ai grandi à côté d'un Coffee-Shop!

19/05/2012

Dans mon projet, je propose de travailler vers la légalisation des drogues douces. Je voulais vous proposer ici un éclairage différent des arguments politiques, économiques ou sociaux pour une politique raisonnée en matière de drogues. J'espère que cette petite immersion dans un autre pays du fromage vous interpellera. N'hésitez pas à me faire vos commentaires, ou à me poser des questions.


Les Pays-Bas viennent de faire un énorme pas en arrière en introduisant le "wietpas". Cette carte, délivrée uniquement aux résidents, est depuis le 1er Mai obligatoire afin de pouvoir pénétrer dans un coffee-shop. Le but était de lutter contre les nuisances occasionnées autour de ces coffee-shops souvent situés en plein centre-ville. Cette mesure est un grand échec car la conséquence immédiate a été de constater l'apparition de dealers dans la ville.

Pour lutter contre une certaine nuisance, on permet le développement du trafic.

Ma relation avec les Pays-Bas est particulière. J'y ai grandi de l'age de 4 ans jusqu'à 17 ans, puis j'y ai travaillé quelques années. Je parle couramment la langue, et même en étant à Genève, j'ai travaillé pour une société néerlandaise.

Je voudrais vous faire vivre pendant quelques instants cette époque, où j'ai grandi dans un pays qui prônait la tolérance et le réalisme dans la gestion des drogues.

Aux Pays-Bas, à tout âge, je circulais à vélo, comme la majorité des néerlandais. Je pédalais entre la maison de mon père, l'appartement de ma mère, l'école, la plage, le centre-ville. Au moins deux heures par jour, quelque soit le temps (il pleut souvent) passées sur un vélo donnent un certain goût de liberté comme vous pouvez l'imaginer.

coffeeshops-cremers-den-haag.jpgDans mon quartier, comme dans tous les quartiers de la ville, il y avait un coffee-shop. Celui-ci ne ressemblait pas à ceux que vous avez pu voir à Amsterdam. Ceux-là sont pour les touristes. Non, le coffee-shop de mon quartier ressemblait à un « kroeg », un bistrot, où l'on se retrouve pour boire une bière, et manger un snack, entre amis. En observant le va-et-vient des habitués, on y retrouve toutes les strates de la société néerlandaise. L'ouvrier en bleu de travail est assis à côté de l'étudiant, tandis qu'une dame de la haute descend de sa berline allemande pour aller au bar, commander et repartir immédiatement. Un étrange mélange des genres se produit, des discussions s'engagent entre ceux qui veulent, et on laisse tranquille ceux qui ne veulent pas être dérangés. Certains jouent aux échecs.

Il s'agit d'un endroit où l'on peut se laisser quelque peu aller à faire diminuer la pression accumulée dans la semaine, cela dans un respect de l'autre évident.

En dehors du coffee-shop les drogues n'étaient pas admises. Le fait de fumer dans la rue était très vite pointé du doigt. Même les insultes fusaient rapidement : « junkie » ou l'insulte suprême « asociaal ».

La règle a toujours été claire pour moi, comme pour tout citoyen. A la maison et dans le coffee-shop tout est permis. En dehors, on respecte les règles.

A l'école, peu de drogues, pas de drogues dures. Aux Pays-Bas, les élèves ont régulièrement la visite d'intervenants venant expliquer les dangers de certaines drogues. Les discussions sont poussées, le public averti. Il n'y a pas de tabou. Aucun élève ne risque de sanction en avouant d'avoir testé telle ou telle substance.

Dans les hôpitaux, les malades chroniques ou en phase terminale, peuvent facilement demander aux infirmières de leur amener un joint les délivrant quelques instants de la douleur constante. Encore une fois, pas de tabou. Il n'est par rare, qu'au dernier moment de leur vie, certains préfèrent suspendre tout traitement et toute prise de drogue, afin de conserver le souvenir le plus précis de leurs proches.

Tout le système est conçu sur le modèle de la tolérance. De l'école, à l'hôpital, en passant par la Police. Je me souviens lors d'une « koninginnenach » (Fête de la Reine), le seul jour où fumer dans la rue est permis devant les coffee-shops, une patrouille de Police passant par là pour jeter un œil, se faisait haranguer : « Allez viens avec nous ! » et la réponse du Policier : « Je voudrais bien mais je suis en service ! Allez on se tient bien ! », et de répartir en vélo.

Cette expérience est unique. J'ai pu grandir sans jamais rencontrer un dealer. J'ai pu grandir en étant conscient et éduqué aux dangers et risques de toutes les drogues.

Mais les Pays-Bas ont succombé à la peur, celle de l'autre, celle du changement. Les nouvelles restrictions mettent des dealers dans la rue. C'est une grande victoire pour les trafiquants de drogues.


Mise-a-jour 20/05/2012: En plus du développement du trafic illégal, plus de 400 personnes ont perdu leur emploi depuis l'introduction du wietpas. source: nrc, un autre effet est le non-enregistrement des néerlandais eux-mêmes de peur d’être fichés par la Police

Commentaires

Je vous crois volontiers. Toute liberté responsable, même celui de la parole, est en train d'être éradiqué par une bien-pensance superficielle et soumise aux lois des modes et tendances.

Écrit par : Mère-Grand | 20/05/2012

Excellent témoignage, merci !

Écrit par : Charly Pache | 20/05/2012

J'adhère !

Écrit par : Nicolas | 21/05/2012

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