Parti Pirate

Nous ne laisserons par l'anonymat disparaître

02/07/2012

guy-fawkes2.jpgEt voila, c'est la fin annoncée des commentaires anonymes! En fait, c'est la fin des commentaires anonymes sur les sites du groupe Tamedia. En fait, c'est la fin des commentaires tout court sur les sites du groupe.

Que l'on supprime les commentaires sur son propre site est une chose. Il est évident que j'estime que l’éditeur d'un site internet garde la liberté du contenu qui est affiché sur son site. La décision n'appartient qu'à lui, et il faut la respecter.

Mais c'est l'appel généralisé à un internet sans anonymat, où chacun publie sous son nom qui me révolte !

C'est oublier que depuis le début de l'histoire de la presse, c'est justement l'anonymat qui a permis à des journalistes d'exprimer leurs idées (excellent billet de ScriptaVolant) et de pouvoir partager des informations dérangeantes pour certains.

C'est oublier que l'anonymat est ce qui permet à la liberté de se diffuser dans de nombreux pays. Le changements majeurs n'auraient pas eu lieu sans des millions d'anonymes soutenant et diffusant les idées de certains qui eux mettaient leur vie en danger.

Eben Moglen regrette que l'anonymat n'ait pas été prévu dès la conception des bases de l'Internet. Nous l'y mettrons un jour.

Alors pourquoi la TdG et d'autres se lancent dans cette suppression ?

Parce qu'ils ont perdu le contrôle des commentaire. Parce que le journalisme est en train de vivre une mutation en profondeur. Aujourd'hui, chaque citoyen dispose des mêmes moyens techniques qu'un journaliste afin de diffuser ses écrits. Le frontière entre l'information et l’écriture de bonne ou de mauvaise qualité est elle même devenue extrêmement floue, car nous sommes tous devenus des acteurs potentiels. Le journaliste cherche sa nouvelle place dans une société en mouvement et ce n'est pas facile.

Quelles conséquences pour la TdG?

Le site de la TdG était devenu malgré lui un petit forum de la vie genevoise. Certes, ce n’était pas le meilleur forum, mais il avait le mérite d'exister. L'obligation de signer de son vrai nom les commentaires va immanquablement réduire, voire faire disparaître les commentaires sur le site de la TdG. Il existe aussi un risque important, pour les sites dont les commentaires sont une partie importante de leur service, de voire réduire le trafic et donc forcément les revenus publicitaires. Cela sera sûrement un peu compensé par une baisse des coûts liés au filtrage humain des commentaires.

« De toutes façons il n'y avait que du mauvais dans les commentaires ». Il est vrai, les commentaires faisaient ressortir certaines frustrations. Ils étaient souvent écrits trop rapidement sous le coup de l’émotion. Le site était devenu un défouloir peuplé de nombreux trolls. Mais un troll cela se gère. On peut l'amadouer, et lui proposer d’être plus constructif.

Il est souvent noté qu'un forum est un espace public dans lequel toute opinion devrait être assumée publiquement. Mais cela est méconnaître le web et le niveau de finesse de ses logs. Lorsque vous participez à une manifestation, il s'agit d'un acte politique public. Vous ne vous cachez pas, et pourtant vous êtes anonyme. La police ne connaît pas votre nom, votre adresse, le temps qu'à duré votre participation, ainsi que tout votre trajet ce jour là, y compris toutes les communications que vous avez pu établir, etc... Et cela est même pire que cela! En nous proposant de nous connecter avec le compte Facebook, c'est votre vie privée entière qui est connectée à votre commentaire. C'est parce que l'anonymat technique n'existe pratiquement pas qu'il faut absolument le protéger.

Les mauvais commentaires de certains, c'est aussi la possibilité pour d'autres de s'exprimer, et de passer outre leurs devoirs de réserve. Un prêtre voulant exprimer son malaise au regard des centaines d'affaires d'abus d'enfants à travers les églises du monde ne voudra le faire qu'anonymement. Il risque un vendetta sévère de son institution. Doit-on l'obliger à s'exprimer publiquement, en son nom?

Quels sont les vrais risques?

Les risques sont multiples. En plus de participer à un mouvement réactionnaire et contre-productif face au développement du réseau, la TdG risque d'encourager de nouveaux comportements d'habitude réservés aux plus aguerris.

D'abord le risque de pousser ceux qui ont besoin de s'exprimer vers les confins du web, là où ce sont déjà réfugiés les pédophiles et les terroristes. Plus les citoyens seront nombreux à être refoulés des sites les plus importants, plus ils seront poussés vers les darknets comme freenet que notre police ne fait que découvrir (attention le reportage contient de nombreuses erreurs ou inexactitudes). La technologie est déjà devenue très simple, et l'anonymat y est un peu plus protégé.

L'autre risque est l'usurpation d'identité. C'est évidemment le risque le plus dangereux, car cela porte atteinte à une autre personne. L'avantage de l'usurpation de l'identité, c'est que l'on peut bénéficier de la "crédibilité" de la personne dont on vole l'identité.

Enfin le dernier risque, que l'on voit déjà dans le peu de commentaires de la Tribune, est la création de fausses identités, d'identités virtuelles. Ce comportement sera évidemment le plus courant. Nombreux d'entre vous l'utilise déjà pour gérer ses rencontres coquines virtuelles ou tout simplement pour gérer son spam...

L'anonymat est une des clés d'un réseau au service de l'humain !

Alors si ce n'est pas le rôle ou la volonté du quatrième pouvoir de proposer un forum anonyme, nous le ferons nous même : affaire à suivre sur ce blog...

Bonus..

Je vous laisse avec cette petite vidéo de l’interrogatoire de Néo dans Matrix. C'est, je trouve, une excellente représentation de la relation entre liberté d'expression et anonymat dans le monde virtuel.

 

 

 

Commentaires

Cher Alexis, rien n'est plus répugnant que la lâcheté. En Suisse, les trois quarts des auteurs de commentaires graveleux et vulgaires ne risqueraient absolument rien en dévoilant leur identité. Ils auraient juste un peu honte de montrer ce qu'ils sont vraiment.

Écrit par : orsini Magali | 03/07/2012

Chère Magali, cela est vrai, la plupart ne risquerait rien. Mais nous ne pouvons pas préjuger de notre démocratie dans le futur. Nous devons donc entretenir les principes établis lors de périodes plus troubles, et les adapter à la société de l'information. Le prix de la démocratie, c'est la vigilence éternelle (Benjamin Franklin)

Écrit par : Alexis Roussel | 03/07/2012

Pour satisfaire "les pour et les contre" pourquoi n'offrirait-on pas à ceux désireux de rester "anonymes" la possibilité de signer sous pseudo, sous réserve que leurs réelles coordonnées soient connues de la rédaction d'un journal. Ce mode de faire est courant lorsque des quotidiens sur papier précisent lors de commentaires "nom connu de la rédaction". Quelle que soit la pratique adoptée par un journal, celui-ci doit mettre en place un système débusquant tout éventuel dérapage. D'ailleurs, de grands quotidiens français continuent à accepter les commentaires sous "pseudos", ce qui ne soulève aucune contestation.

Écrit par : Chantal Perret-Gentil | 03/07/2012

Chantal, chaque site a le droit d'offrir le niveau d'anonymat qu'il veut. La pratique que vous mentionnez en est un exemple. Mais l'utilité est, je pense, principalement commerciale. Cela n'empêche pas les commentateurs d'être de mauvaise foi..

Écrit par : Alexis Roussel | 04/07/2012

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