Parti Pirate

Le partage, la mort de la culture ?

24/07/2012

mini_chanteur.pngL'avènement de l'Internet nous oblige à faire face à de nombreux bouleversements. En permettant un partage sans restriction de l'information, Internet est devenu le vecteur principal de notre culture. Et ce n'est pas par hasard si le droit d'auteur est au cœur du débat. Alors qu'il a été conçu afin de protéger les créateurs, on est en droit de se demander s'il ne s'est pas mué en un droit des éditeurs, transformant ainsi les créateurs en de simples produits commerciaux jetables. Aujourd'hui, les créateurs doivent se réapproprier les échanges avec leur public.

Le monde de la culture est bouleversé

Internet est un outil de partage et les internautes l'ont bien compris. En plus de dix ans, alors que le volume de musique puis de films échangés a explosé, les distributeurs de contenu n'ont investi Internet qu'à reculons. Ils ont d'abord tourné le dos à ce nouveau canal de diffusion puis tentent maintenant de le museler.

Le changement est profond. Le modèle économique basé sur la rareté de l'offre s'est transformé. La culture s'étant dématérialisée, l'apparition d'une offre quasi illimitée a créé un marché d'abondance. Dans ce marché, où le coût de la distribution est presque nul, les éditeurs et distributeurs ont perdu la main.

Et pourtant, les lobbies des industries de la culture sont partis en guerre contre le partage. Roger Chevallaz, secrétaire-général d'Audiovision Suisse, est allé jusqu'à affirmer que "le partage n'est pas la culture". Au-delà de leur mauvaise connaissance de ce qu'est la culture, l'industrie refuse de se remettre en cause face à l'évolution technologique. Combattre les effets de leur inertie semble plus facile que repenser les modèles de rémunération des artistes.

Un droit d'auteur dénaturé

Les comédiens et les imprimeurs ont longtemps pu vendre des prestations basées sur des écrits sans reverser un centime aux auteurs. La mise en place du droit d'auteur a permis de corriger cela. Et avec le développement de la distribution et de l'édition, l'avènement des droits voisins est apparu comme nécessaire afin d'assurer une rémunération soi-disant équitable des différents intermédiaires.

Mais lorsque le partage sur Internet a pris de l'ampleur, les lobbies ont instrumentalisé les auteurs en les agitant face à leur public pour le faire culpabiliser. Les auteurs sont les laissés-pour-compte de la révolution numérique. Ils sont les véritables victimes de ces lobbies qui détournent le droit d'auteur pour défendre leurs propres intérêts. Car sous couvert de vouloir les protéger, les industriels de la culture ont surtout voulu protéger leur propre rémunération au lieu de celle des artistes. Ils se sont attaqués aux internautes, donc finalement à leurs clients.

Criminaliser les internautes n'est clairement pas le meilleur moyen de s'attirer la sympathie du public : les internautes sont le public ! Et le faire uniquement afin de conserver un modèle économique dépassé n'est pas une approche viable. Il faut au contraire accompagner l'évolution. Darwin doit se retourner dans sa tombe !

Nous avons le devoir d'amorcer une réforme en profondeur du droit d'auteur en le recentrant sur la protection contre le plagiat, contre les abus des éditeurs et sur la rémunération des artistes. Le droit d'auteur doit reprendre sa fonction initiale : protéger les auteurs.

Réformons !

Toute réforme du droit d'auteur doit d'abord garantir les droits moraux. Personne n'a le droit de s'approprier l’œuvre d'un autre. Les droits moraux devraient être les seuls gardes-fou à la propagation de la culture. C'est bien le respect du travail de l'artiste qui doit être au centre de la réforme. Le droit moral est perpétuel, imprescriptible et inaliénable et doit le rester.

Les droits patrimoniaux doivent évoluer. Voilà une vingtaine d'années qu'une réflexion a débuté sur la réforme du droit d'auteur. Le premier point d'accroche est le constat de la protection excessive dans le temps d'une œuvre. En Suisse, il faut attendre 70 ans après la mort de l'artiste pour que l’œuvre soit librement disponible dans le domaine public. On doute fort que ce soit effectivement l'artiste qui profite de cette protection étendue. Cette extension n'a pour objectif que de perpétuer une rémunération des héritiers et, surtout, des éditeurs. Les droits moraux, seuls remparts à une dénaturation de l’œuvre, continuent de la protéger même au-delà des septante ans.

La culture se construit à travers le partage. La légalisation du partage non-marchand est le pivot central de la réforme du droit d'auteur. La différence entre le partage "non-marchand" et "marchand" est souvent volontairement effacée par les adversaires de la réforme. Il correspond pourtant à l'échange entre deux personnes sans contrepartie financière. Si l'envoi d'un CD par courrier est admis, pourquoi son équivalent numérique ne le serait-il pas ? Cette légalisation mettrait un terme à la criminalisation des individus partageurs. Cela permettrait aussi la sauvegarde d’œuvres devenues indisponibles dans les catalogues des éditeurs, mais rendues à l'humanité grâce au partage.

Mais le partage ne peut se faire aisément s'il subsiste les fameux DRM. Ces mesures techniques de protection interdisent au consommateur de faire un usage de son achat différent de celui imaginé par l'éditeur. Elles transforment l'achat en une location soumise à des conditions drastiques. Limitation du nombre de lectures ou de copies, interdiction de lecture sur un appareil non agréé, nous nous sommes tous retrouvés un jour devant un lecteur DVD ou Bluray n'acceptant pas un disque venant d'une autre zone géographique. Une voiture qui ne démarrerait pas sur les routes d'un pays voisin n'aurait pas beaucoup de succès, et pourtant le monde de la culture est un des rares espaces dans lequel les éditeurs imposent de telles contraintes. L'utilisation des œuvres obtenues de sources légales doit devenir aussi simple que celle d’œuvres téléchargées de sources illégales. La création d'un véritable marché libre de la culture sur Internet, boudée par les éditeurs, ne pourra se faire qu'avec l'interdiction des DRM.

Ce projet de réforme, défendu notamment par le Parti Pirate (cf "The Case for Copyright Reform" par Rick Falvinge et Christian Engström), est la base nécessaire au développement des nouveaux usages et des nouveaux marchés. S’obstiner, comme le font les éditeurs, à vouloir défendre des concepts dépassés techniquement, est voué à l'échec. Cette réforme est aussi celle qui doit nous permettre d'aider les artistes à faire leur transition.

Aider la transition

Les changements dans le monde de la culture ne vont pas se faire sans heurts. Les créateurs auront besoin d'aide pour s'adapter à la société de l'information. Aujourd'hui, les auteurs doivent faire une confiance aveugle aux éditeurs avec qui ils signent des contrats souvent obscurs qui leur interdisent d'explorer des nouvelles voies, comme les Creative Commons. Ils vont pouvoir se libérer des éditeurs et, surtout, reprendre le contrôle de leurs œuvres.

Il faut avant tout assurer la visibilité en ligne des artistes. Si les éditeurs assurent la promotion de "leurs" artistes, la mise en place de plate-formes indépendantes permettrait de donner leur chance à tous. Chaque artiste pourrait ainsi disposer de l'ensemble des outils assurant une meilleure interaction avec son public et en suivre son évolution. En s'affranchissant des intermédiaires, la vente directe par le biais de tels sites a le potentiel de générer des revenus intéressants. 

Dans ce nouvel équilibre, le concert est le lieu de rencontre physique entre l'artiste et son public. Il est le prolongement de la relation établie sur le réseau. La musique en ligne est même devenue le "produit d'appel" pour la performance de la scène. Mais malgré une demande croissante pour des concerts, la redevance SUISA est souvent un obstacle au paiement d'un cachet à l'artiste. La gestion des droits doit être revue afin de simplifier et clarifier la redistribution des recettes. La rencontre entre l'artiste et son public ne doit pas être entravée, elle doit être encouragée.

De nouvelles sources de financement

Si l'argent est souvent le nerf de la guerre, le seul financement qui soit important est celui des auteurs qui créent et méritent une rétribution pour leurs prestations. La réforme du droit d'auteur ne pourra se faire qu'en leur assurant une rétribution équitable adaptée aux nouveaux usages. Des alternatives à la vente de CD ou de mp3 existent et doivent être proposées.

Une recherche de financement doit d'abord passer par une baisse des coûts de fonctionnement des sociétés de gestions de droits. La SUISA, SuissImage, SwissPerform, la SSA et ProLitteris devraient fusionner dans une société unique, qui pourrait ainsi mutualiser les coûts et offrir un service complet aux artistes.

Le crowdfunding (musopen, kickstarter par exemple) est un bon exemple. Il permet de proposer au public de participer au financement d'une nouvelle création. C'est une nouvelle relation qui s'établit entre l'auteur et son public. Il s'agit bien d'une forme de mécénat renouvelée par l'évolution technologique.

La mise à contribution des sites de téléchargement qui font des bénéfices est une piste très importante. Il n'est pas acceptable que des sites, comme MegaUpload ou Rapidshare, puissent faire de confortables bénéfices sur le dos des artistes, sans leur reverser de droits.

La licence globale est une piste fréquemment citée. Elle pourrait fournir une solution temporaire en créant un apport financier important et immédiat. Mais elle ne doit pas devenir un financement de substitution pour les éditeurs.

Le Partage, vecteur de la culture

La culture est un ensemble de normes et de valeurs communes à des individus. Elle se construit à travers le partage de ces normes et valeurs. Sans public et sans moyens de partager, la culture ne peut pas exister. Et pourtant depuis une vingtaine d'années, les groupes de pression des éditeurs tentent de conserver leurs acquis en engageant une lutte sans merci contre le public et le partage. Donc contre la culture.

Il est plus que temps que les politiques et les législateurs s'affranchissent des groupes de pression. Il faut absolument engager le dialogue entre les artistes et le public. Il faut prendre le temps de réfléchir aux nouveaux modes de distribution et de financement de la culture. Les distributeurs ne sont plus nécessaires et les éditeurs devront se recentrer sur leur rôle premier. Le partage dématérialisé donne un nouveau souffle à la culture. Les artistes et leurs publics sont les seuls qui compterons dans le nouveau visage de la culture.

 

Cet article est co-signé Cédric Jeanneret et Alexis Roussel, il a été publié dans "le courrier" du 24 Juillet 2012

Il est aussi disponible sur le blog de Cédric.

Image: Licence Art Libre - L.L de Mars

Droit d'auteur - Lettre ouverte à Markus Naef

09/07/2012

cdExplose.jpgDans le Matin Dimanche, Markus Naef, président d’AudioVision Suisse, vous déclarez tout de go que "La Suisse est un paradis pour les pirates informatiques". Vous semblez vous réjouir de la volonté des américains de mettre la pression sur la Suisse, et proposez que les fournisseurs d'accès internet deviennent une sorte de police privée au service des ayants-droit avec la possibilité de couper l'accès internet à celui qui téléchargerai un peu trop.

C'est tellement à contre courant de ce que nous vivons aujourd'hui, qu'au début j'ai eu vraiment du mal à croire que vous vouliez vraiment nous dire cela. Aujourd'hui pour protéger l'industrie du Cinéma, que vous représentez, vous êtes prêt à remettre en cause notre droit à un procès équitable. Savez-vous que nos communications privées sont protégées par la loi et que seul un juge peut en demander la levée du secret?

Vous nous proposez d'utiliser des outils existants permettant de filtrer les fichiers que les citoyens téléchargent. Ces outils existent principalement dans les dictatures. Ce que vous nous proposez, c'est que chaque message, chaque email envoyé ou reçu de notre ordinateur soit lu et marqué comme compatible avec le droit d'auteur. Vous nous proposez une surveillance généralisée assortie d'une censure automatique!

Enfin, en tant que spécialiste de votre marché, vous devez savoir que la diffusion d'oeuvres numériques est devenue un marché d'abondance dans lequel le coût marginal de production d'une copie est nul, l'offre est illimitée et la demande limitée. Le prix de la copie dans ce type de marché est forcément nul. Essayer de conserver des principes d'une économie de la rareté dans le marché de la copie est une chose vaine. Vous devez maintenant réflechir aux nouveaux modèles de financement de la création de l'oeuvre.

Markus Naef vous faites preuve d'un manque flagrant de connaissance de ce qu'est le réseau et de la révolution qu'il nous fait vivre. Vous ignorez l'importance d'internet aujourd'hui: coupez internet pendant 1 heure et la moitié du pays est en chômage technique.

Monsieur Naef, grâce à la réponse du Conseil Fédéral, nous avons la chance d'ouvrir les négociations. Nous ne sommes pas bloqués dans un affrontement stérile comme en France ou en Allemagne. Nous rencontrons déjà des acteurs, ceux comme la Suisa, ou les Musikschaffende. Nous organisons des réunions, des tables rondes. Ces discussions vont à terme pouvoir aboutir sur un compromis. Celui-ci sera la première étape vers une adaptation du droit d'auteur aux réalités d'internet. Pendant ce temps les écosystèmes de la musique et du film vont évoluer. Ils ne pourront le faire qu'AVEC et pas CONTRE les citoyens.

Monsieur Naef, au lieu de promouvoir une politique de criminalisation d'enfants et de familles entières, comme cela ce passe dans les pays où votre politique est appliquée, je vous invite à nous rejoindre participer à nos travaux. Je vous invite dans une démarche constructive.

ACTA est mort, un petit bout d'histoire vient de s'écrire

05/07/2012

dontmesswithinternet.jpgHier soir un vent de liberté à soufflé sur les réseaux! Le Parlement européen vient de signer un cinglant "NON" au projet de traité anti-contrefaçons ACTA qui risquait de mettre en péril certaines de nos libertés. Pour le Parti Pirate, c'est une grande victoire car nous avons oeuvré en profondeur pour faire comprendre le danger de ce traité. C'est notamment Amelia Andersdotter, députée européenne pour le Parti Pirate Suédois, qui a réussi à convaincre son groupe parlementaire et la commission de l'industrie dans laquelle elle a mené le débat sur ACTA.  Maintenant c'est au tour du Conseil Fédéral d'officialiser sa réponse. Prudent, il avait déjà remis sa décision en attendant celle du Parlement européen.

Au delà de la victoire de la démocratie, il s'agit bien là du premier tournant dans l'histoire de la révolution numérique. Les historiens apprécieront surement cet évènement comme un marqueur, celui de l'apparition d'une nouvelle forme de contestation.

Dans chacun de ses aspects, l'histoire d'ACTA est révélatrice de nos nouveaux comportements qui rentrent en conflit frontal avec ceux de l'ancien monde. Négociations secrètes, pressions sur les gouvernements, manipulations médiatiques n'ont pas fait le poids face aux fuites de documents et à la mobilisation de centaines de miliers d'internautes capables d'être à l'affut de chaque nouvelle information.

La contestation contre ACTA a été la première a se développer à l'échelle d'un continent entier. Elle a mis à mal de nombreux principes. Pas de leader, des manifestants qui se cachent derrière un masque. Nous n'avions même pas le temps de déposer des demandes d'autorisation pour manifester... Pour Genève, cela veut dire aussi que la nouvelle loi anti-manifestation va être mise à l'épreuve bien plus souvent. La presse, les politiques, beaucoup n'ont pas vu venir le mouvement de contestation. Mais il n'était pas nécessaire d'aller dans la rue pour être convaincu, les réseaux sociaux, Facebook, Twitter, ont fait le reste.

Maintenant, si ACTA est mort, d'autres projets sont prévus. Nous devons rester vigilants tant que certains milieux réactionnaires seront prêts à remettre en cause nos libertés pour quelques profits. Mais attention, le prochain mouvement risque d'être d'une ampleur toute autre.

 

 

La Suisse, le paradis des Pirates

04/07/2012

k7pirate.jpgEt voilà, après avoir été pointé du doigt comme étant un paradis fiscal, nous sommes maintenant désignés comme un paradis de pirates par les US.

Cela est très intéressant, et peut être analysé sous plusieurs angles. Celle de la politique "impérialiste" américaine, celle du comportement de certains de nos élus qui s'excusent par avance du "malentendu" causé par l'excellent rapport du Conseil Fédéral sur le téléchargement. Je vais proposer l'angle suivant, même si à Washington, ce n'est pas forcément celui dont on parle.

En réalité, ce rapport a eu un effet très intéressant en Suisse. En bref, ce rapport analyse la situation de la culture en Suisse, et la considère comme très bonne. Il rejette la volonté de certains représentants des ayants-droits de criminaliser l'ensemble de la population pour des comportements en pleine évolution. Il met un frein aussi à la volonté d'autres comme le Parti Pirate de légaliser entièrement le partage non-marchand, et préfère attendre une autre solution. Pour le Conseil Fédéral, clairement, HADOPI (en France) ne fonctionne pas!

Alors que dans la majorité des pays, les gouvernements suivent aveuglement les recommandations des ayants-droits, en Suisse nous avons aujourd'hui la chance d'entrer dans une (longue) phase de négociations dans laquelle nous serons tous partie prenante. En tout cas, notre système politique nous le garantit.

La Suisse est donc un des rares pays qui a le potentiel de trouver un compromis sur la gestion des droits d'auteurs qui ne va pas aller à l'encontre du citoyen. A nous de le faire réussir. Mais c'est sûr, cela risque de donner un mauvais signal à Washington... Alors oui! On peut être fier d'être dans un paradis de pirates.

Nous ne laisserons par l'anonymat disparaître

02/07/2012

guy-fawkes2.jpgEt voila, c'est la fin annoncée des commentaires anonymes! En fait, c'est la fin des commentaires anonymes sur les sites du groupe Tamedia. En fait, c'est la fin des commentaires tout court sur les sites du groupe.

Que l'on supprime les commentaires sur son propre site est une chose. Il est évident que j'estime que l’éditeur d'un site internet garde la liberté du contenu qui est affiché sur son site. La décision n'appartient qu'à lui, et il faut la respecter.

Mais c'est l'appel généralisé à un internet sans anonymat, où chacun publie sous son nom qui me révolte !

C'est oublier que depuis le début de l'histoire de la presse, c'est justement l'anonymat qui a permis à des journalistes d'exprimer leurs idées (excellent billet de ScriptaVolant) et de pouvoir partager des informations dérangeantes pour certains.

C'est oublier que l'anonymat est ce qui permet à la liberté de se diffuser dans de nombreux pays. Le changements majeurs n'auraient pas eu lieu sans des millions d'anonymes soutenant et diffusant les idées de certains qui eux mettaient leur vie en danger.

Eben Moglen regrette que l'anonymat n'ait pas été prévu dès la conception des bases de l'Internet. Nous l'y mettrons un jour.

Alors pourquoi la TdG et d'autres se lancent dans cette suppression ?

Parce qu'ils ont perdu le contrôle des commentaire. Parce que le journalisme est en train de vivre une mutation en profondeur. Aujourd'hui, chaque citoyen dispose des mêmes moyens techniques qu'un journaliste afin de diffuser ses écrits. Le frontière entre l'information et l’écriture de bonne ou de mauvaise qualité est elle même devenue extrêmement floue, car nous sommes tous devenus des acteurs potentiels. Le journaliste cherche sa nouvelle place dans une société en mouvement et ce n'est pas facile.

Quelles conséquences pour la TdG?

Le site de la TdG était devenu malgré lui un petit forum de la vie genevoise. Certes, ce n’était pas le meilleur forum, mais il avait le mérite d'exister. L'obligation de signer de son vrai nom les commentaires va immanquablement réduire, voire faire disparaître les commentaires sur le site de la TdG. Il existe aussi un risque important, pour les sites dont les commentaires sont une partie importante de leur service, de voire réduire le trafic et donc forcément les revenus publicitaires. Cela sera sûrement un peu compensé par une baisse des coûts liés au filtrage humain des commentaires.

« De toutes façons il n'y avait que du mauvais dans les commentaires ». Il est vrai, les commentaires faisaient ressortir certaines frustrations. Ils étaient souvent écrits trop rapidement sous le coup de l’émotion. Le site était devenu un défouloir peuplé de nombreux trolls. Mais un troll cela se gère. On peut l'amadouer, et lui proposer d’être plus constructif.

Il est souvent noté qu'un forum est un espace public dans lequel toute opinion devrait être assumée publiquement. Mais cela est méconnaître le web et le niveau de finesse de ses logs. Lorsque vous participez à une manifestation, il s'agit d'un acte politique public. Vous ne vous cachez pas, et pourtant vous êtes anonyme. La police ne connaît pas votre nom, votre adresse, le temps qu'à duré votre participation, ainsi que tout votre trajet ce jour là, y compris toutes les communications que vous avez pu établir, etc... Et cela est même pire que cela! En nous proposant de nous connecter avec le compte Facebook, c'est votre vie privée entière qui est connectée à votre commentaire. C'est parce que l'anonymat technique n'existe pratiquement pas qu'il faut absolument le protéger.

Les mauvais commentaires de certains, c'est aussi la possibilité pour d'autres de s'exprimer, et de passer outre leurs devoirs de réserve. Un prêtre voulant exprimer son malaise au regard des centaines d'affaires d'abus d'enfants à travers les églises du monde ne voudra le faire qu'anonymement. Il risque un vendetta sévère de son institution. Doit-on l'obliger à s'exprimer publiquement, en son nom?

Quels sont les vrais risques?

Les risques sont multiples. En plus de participer à un mouvement réactionnaire et contre-productif face au développement du réseau, la TdG risque d'encourager de nouveaux comportements d'habitude réservés aux plus aguerris.

D'abord le risque de pousser ceux qui ont besoin de s'exprimer vers les confins du web, là où ce sont déjà réfugiés les pédophiles et les terroristes. Plus les citoyens seront nombreux à être refoulés des sites les plus importants, plus ils seront poussés vers les darknets comme freenet que notre police ne fait que découvrir (attention le reportage contient de nombreuses erreurs ou inexactitudes). La technologie est déjà devenue très simple, et l'anonymat y est un peu plus protégé.

L'autre risque est l'usurpation d'identité. C'est évidemment le risque le plus dangereux, car cela porte atteinte à une autre personne. L'avantage de l'usurpation de l'identité, c'est que l'on peut bénéficier de la "crédibilité" de la personne dont on vole l'identité.

Enfin le dernier risque, que l'on voit déjà dans le peu de commentaires de la Tribune, est la création de fausses identités, d'identités virtuelles. Ce comportement sera évidemment le plus courant. Nombreux d'entre vous l'utilise déjà pour gérer ses rencontres coquines virtuelles ou tout simplement pour gérer son spam...

L'anonymat est une des clés d'un réseau au service de l'humain !

Alors si ce n'est pas le rôle ou la volonté du quatrième pouvoir de proposer un forum anonyme, nous le ferons nous même : affaire à suivre sur ce blog...

Bonus..

Je vous laisse avec cette petite vidéo de l’interrogatoire de Néo dans Matrix. C'est, je trouve, une excellente représentation de la relation entre liberté d'expression et anonymat dans le monde virtuel.

 

 

 

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