Parti Pirate

Une cyberstratégie fédérale et cantonale indispensable

11/02/2013

Phonetap-411.jpgLe Matin Dimanche nous apprend qu'un citoyen Suisse s'est vu refuser l'accès au territoire américain sous prétexte d'un email envoyé quelques jours plus tôt à un ami. Les USA ont mis en place depuis quelques années une réglementation et des moyens permettant de surveiller la terre entière.

Rien de nouveau concernant la réglementation et rien de nouveau concernant la volonté des autorités américaines de faire ce contrôle. Mais vu la quantité de données qu'ils souhaitent écouter, il leur a fallu développer des algorithmes puissants permettant de détecter des anomalies.

Si dans l'histoire du Matin Dimanche, le lien n'est pas établi entre l'email et le refus d'accéder au territoire, le cas est suffisamment intéressant pour penser que le comportement (c'est-à-dire l'email) de cette personne ait été perçu comme une anomalie. Et cela aurait donc déclenché une procédure automatique de refus d'entrée sur le territoire. D'ailleurs on nous recommande déjà de modifier notre comportement pour éviter les foudres de l'Oncle Sam. Est-ce bien cela la liberté ?

Nous devons absolument tirer les leçons de notre guerre du secret bancaire, car les similitudes sont trop évidentes avec le secret des données. Nous devons dés à présent préparer une stratégie de développement de notre espace numérique qui inclut aussi des éléments essentiels à la défense de nos identités numériques de citoyens. Le préposé fédéral à la protection des données a déjà interpellé les autorités à ce sujet en proposant la mise en place d'une cyberstratégie. Non seulement est-elle indispensable, mais nous devons la réaliser. Si le Conseil Fédéral adopte la même stratégie que pour le secret bancaire, autant dire que nous allons droit vers l'échec.

Cette fois-ci nous devons nous opposer fermement à toutes les tentatives d'ingérence. Et celles-ci se multiplient. La réforme de la réglementation européenne subie des pressions énormes de la part des USA, notre pays se fait classer par la International Intellectual Property Alliance dans la liste grise des paradis de pirates. Au passage, cette alliance appelle à la modification de nos lois, et aussi au travail de pression de l'ambassade américaine directement au SECO. Pour rappel, un groupe de membres du Sénat américain, nous avais déjà pointé du doigt. La prochaine étape sera la demande d'échange automatisé des données, comme pour les données bancaires. Ces ingérences sont inacceptables.

En plus d'une réponse diplomatique adéquate, nous devons refondre notre loi sur la protection des données (LPD) dans une loi qui nous permettra de construire notre espace numérique citoyen en toute confiance. Une loi qui nous permettra de nous réapproprier nos données, et donnera à l'Etat les moyens de nous défendre. Je propose même que cette réappropriation des données soit inscrite dans la Constitution.

Cette cyberstratégie doit aussi se faire au niveau de chaque canton. Je reçois personnellement régulièrement des demandes de citoyens ne sachant pas comment réagir face à une arnaque sur Internet, ou au fait que des photos de leur enfant circule sur les réseaux sociaux sans contrôle. De nombreuses entreprises sont aussi victimes d'arnaques élaborées. Si les grandes entreprises ont les moyens de se défendre, les PME, quant à elles, sont souvent démunies. Il manque aujourd'hui d'un lieu où les citoyens et les PME puissent obtenir conseil et assistance en matière. Nous devons le construire. Aider les individus et les entreprises à se défendre est aussi une réponse forte face aux pressions.

Bien sûr c'est aussi au niveau des écoles que nous devons agir principalement. La demande de certains professeurs de réintroduire des cours d'informatique peut paraître anodine. En réalité, elle est fondamentale. Maîtriser les outils, c'est donner les moyens à nos enfants d'exercer leur citoyenneté de demain.

Quels en seront les bénéfices pour le citoyen? Celui-ci pourra profiter d'un environnement numérique de confiance dans lequel l'administration en ligne, ainsi que les services des entreprises, lui offriront des services à hautes valeurs ajoutées lui bénéficiant réellement. Il aura ainsi des moyens supplémentaires pour s'épanouir et se défendre dans un monde numérique où, je vous le rappelle, les frontières n'existent pas.

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Je vous propose des éléments pour notre cyberstratégie :

niveau Fédéral :

  • inscrire la propriété des données de l'individu dans la Constitution
  • transformer la LPD dans une loi qui construit le cadre de notre identité numérique

niveau Cantonal :

  • soutenir et/ou faciliter le développement des services informatiques sur la gestion de données
  • inclure dans l'éducation, l'apprentissage des outils indispensables au citoyen numérique
  • mettre en place un lieu d'accueil et de conseil en matière de cybercriminalité pour les citoyens

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