Parti Pirate

L'Ukraine, les banques et le bitcoin

09/05/2014

L'Ukraine est en crise et s'enfonce doucement dans une guerre civile. Espérons que les négociations de notre Président en visite officielle en Russie pourront donner l'impulsion de la détente. Si de tels évènements sont difficiles à comprendre et à analyser en étant en dehors, une telle crise permet d'observer de nombreux phénomènes malheureusement humains. Disparition de l'Etat de droit dans les régions les plus instables, explosion de la criminalité, extrémismes politiques et religieux, mouvements de populations, hausse des prix, dépréciation de la monnaie locale, restrictions bancaires font partie de ses phénomènes. La fermeture de nombreuses banques dans le pays a incité la population à trouver et utiliser d'autres moyens de paiement, comme avec le Deutsche Mark pendant la guerre de Yougoslavie.

Un autre phénomène que l'on peut observer dans les zones de conflits est la résilience des réseaux de communication. Si un gouvernement tente généralement de couper les réseaux au début du conflit, il se rend compte rapidement que ce réseau lui est tout autant essentiel. Il préfère alors surveiller et attaquer de manière extrêmement agressive les communications des opposants. Ceux-ci développent rapidement leurs propres réseaux et apprennent à sécuriser leurs communications. La cyber-guerre est aussi celle qui fait intervenir les puissances étrangères, la Russie dans ce cas. Mais même perdues au milieu d'un cyber-conflit d'envergure, les technologies les plus résilientes comme TOR fonctionnent généralement.

D'un côté, un réseau qui fonctionne toujours et de l'autre la nécessité d'un moyen d'échange indépendant de l'Etat, le bitcoin est peut-être la réponse?

qrcode.jpgLors des premières manifestations à Kiev des photoqraphies sont apparues sur le réseau. On y voit des manifestants tenir des pancartes avec des codes permettant d'effectuer des donations en bitcoins. La récolte est faible pour la première de ce genre, mais pas inexistante. Presque 9000 Francs sur le premier compte, 3000 Francs pour un autre ou encore 1000 Francs en Litecoins et 200 Francs en Dodgecoin, les transactions se comptent quand même en centaines. Des pages internet et des appels sur les réseaux sociaux incitent à donner.

 

Mais au fur et à mesure que le conflit se durcissait, il était de plus en plus difficile de faire la part des choses entre les pro-européens et les extrémistes. Cette situation confuse a refroidi de nombreux donateurs potentiels qui n'hésitaient pas à l'exprimer.

Le bitcoin est un moyen de transaction qui ne connaît pas de frontière, mais on peut trouver des indices quant à son utilisation.

 

coinmap.pngCette carte nous montre 17 points, magasins, entreprises locales acceptants les bitcoins. En comparaison la Suisse compte 70 points, la Russie 19, la Biélorussie un seul. Coinmap n'est pas exhaustif car de nombreux services en ligne n'y sont généralement pas inscrits. Un résultat faible, mais pas insignifiant en le comparant aux pays voisins.

Un autre moyen est de voir ce que recherchent les internautes. L'intérêt du Bitcoin est particulièrement fort en Ukraine.

Screenshot from 2014-05-09 00:40:00.png

Mais en le comparant au monde entier, on se rend compte que ce n'est pas l'actualité locale qui a contribué à cet intérêt. Les courbes se superposent.

trendworld.png

Par contre, la recherche répartie par régions nous montre un intérêt clairement marqué dans les régions où le conflit est le plus présent.

Et ce sont les mêmes régions où les Russes forment une minorité importante. Un certain lien?

Russians_Ukraine_2001.PNG

Ces régions sont en réalité aussi plus peuplées et ont les densités de population parmi les plus fortes du pays. Pourtant l'ouest du pays n'apparaît pas aussi clairement dans les recherches de Google.

densite.png

Il semble donc que les régions de l'est, avec les minorités russes et où le conflit est le plus fort, sont aussi celles qui font le plus de recherche sur le mot "bitcoin". Le moteur de recherche préféré des Ukrainiens est "Yandex.ru". Malheureusement il ne permet pas de présenter les résultats par région.

Si le conflit venait à s'intensifier, ces signes sont-ils avant coureurs d'une plus grande utilisation du bitcoin? Je ne le pense pas. Malgré les avantages techniques du bitcoin, une crise pousse la population vers des outils qu'elle maitrise.

Reddit: [–]mogifax «Ukrainian here. Nobody uses bitcoin because it's missing a killer app. Everyone is hoarding USD and EUR just like they have for generations.»

Selon cet internaute, il manque "l'app qui tue" pour démocratiser le bitcoin. En réalité, il faut observer le taux de pénétration des technologies, si 89% de la population a un téléphone portable, seuls 12.6% ont un smartphone indispensable aujourd'hui à l'utilisation du bitcoin.

Screenshot from 2014-05-08 23:32:35.png

Face à une monnaie locale qui s'effondre, ce sont l'Euro et le dollar qui sont utilisés.

En conclusion, si son adoption n'est pas massive, le conflit ukrainien est bien le premier qui voit apparaitre le bitcoin pour pallier le manque de liquidités. Voilà un nouvel élément que les protagonistes d'un futur conflit prendront en compte.

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